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Posté par le 16 Déc 2014 dans Actualités

Débats philo à HUBERT DELISLE

philo hubert delisle

Les « débats philosophiques à visée éducative » ont été lancés l’année dernière au collège HUBERT DELISLE (Saint-Benoît). Seize enseignants volontaires animent ces ateliers originaux. A partir de banales anecdotes scolaires, les adolescents réfléchissent sur la vérité, la justice, le mensonge…

ÉDUCATION

Le « bâton de parole », un gros feutre noir, passe de main en main. Chacun à leur tour, les vingt élèves de la classe de 6e peuvent prendre la parole pour s’exprimer à propos de l’histoire de « Petit Gris » que vient de lire Juliette Depoux, professeure de français. Et pendant cette heure de « vie de classe », les adolescents, assis en cercle devant la grande affiche de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, n’apprennent aucune leçon scolaire. Ils participent à un débat philosophique au collège HubertDelisle (Saint-Benoît).

De cette histoire d’une famille de lapins poursuivis par des chasseurs, Logan a retenu que les parents ont préféré garder leur enfant plutôt que devenir riches. Wilson a noté que Petit Gris a gardé son éponge magique, contrairement au conseil des parents, ce qui a sauvé la famille. Il conclut : « Il ne faut pas tout le temps obéir à ses parents ». Chaque collégien lève le doigt pour demander la parole. Lorsqu’un garçonnet note que son camarade a parlé créole, l’enseignante intervient : « Oui, il a le droit de parler en créole ». L’essentiel est d’argumenter, quelle que soit la langue utilisée.

Aidés par les questions de Mme Depoux, les élèves s’interrogent sur la pauvreté, l’obéissance, la nécessité d’avoir des papiers pour vivre, l’importance de gérer son argent… L’histoire de Petit Gris permet d’aborder le thème philosophique du refus de la fatalité.

Pourquoi faire de la philosophie au collège, alors que cette discipline figure au programme de terminale ? « L’un des objectifs visés, c’est d’avoir un impact positif sur le climat scolaire » explique Stéphane Gombaud, professeur au lycée Leconte-de-Lisle (Saint-Denis) et chargé de mission « philosophie » dans l’académie. « C’est Christophe Marsollier, enseignant à l’Espé (Ecole supérieur du professorat et de l’éducation) qui a lancé l’initiative et accompagné une expérience similaire au collège des Tamarins, à Saint-Pierre ». Le projet a débuté l’année dernière au collège HubertDelisle (Beaulieu). Camille Nicolas, professeure de lettres modernes, fait partie des seize enseignants volontaires qui se sont lancés dans l’aventure des « débats philophiques à visée éducative » (*). Parce qu' »On nous a proposé quelque chose qui nous manque cruellement : laisser aux élèves le temps de parler, surtout en 6e ».

« Leur apprendre à défendre une opinion »

Mais au lieu de parler, les marmailles ne sont-ils pas au collège pour apprendre avant tout grammaire et conjugaison ? « Bien sûr, rétorque Mme Nicolas. Mais à quoi leur servent la grammaire et l’orthographe s’ils n’ont pas l’occasion de les utiliser ? Il faut leur donner les bases de la littérature, de l’orthographe et de la grammaire, mais aussi leur apprendre à s’exprimer à l’oral, à défendre une opinion ».

L’enseignant, formé à ces « leçons » pas comme les autres, doit éviter tout jugement, toute contestation de l’autorité des collègues, et apprendre aux enfants à conceptualiser. Camille Nicolas se souvient : « Pendant un débat, une élève s’est plainte parce qu’elle avait été punie injustement par son professeur, qui lui avait dit que La Réunion ne bougeait pas. Alors qu’elle pensait que La Réunion bougeait avec la tectonique des plaques ». Mme Nicolas explique aux enfants le célèbre paradoxe de Thésée : pour conserver son bateau qui s’abîmait, on a progressivement remplacé les pièces. A la fin, est-ce encore le bateau de Thésée ? Où est la vérité, où est l’erreur ?

A partir d’une banale anecdote scolaire, les enseignants parviennent ainsi à faire réfléchir les collégiens sur de vraies questions philosophiques, comme la vérité et le mensonge (lire ci-dessous). Ils travaillent également sur les thèmes du respect, de la justice, des incidences de la religion sur l’éducation… Une véritable éducation morale et laïque.

 

Véronique Hummel